Jean-François Mattei : sensibiliser professionnels de santé et assurés
PARIS, 14 janvier (Reuters Santé) - Le ministre de la Santé Jean-François Mattei souhaite sensibiliser les professionnels de santé et les assurés au "poids des contraintes économiques" alors que le déficit de la Sécurité sociale devrait s'aggraver en 2003.



"Le caractère inéluctable de l'évolution des dépenses de santé ne peut nous faire échapper aux réalités les plus élémentaires. Or ces réalités sont sombres. La croissance économique a été limitée l'année dernière : le PIB ne devrait évoluer que de 1% environ d'après l'Insee. Le déficit du régime général devrait être compris entre 3 et 4 milliards d'euros en 2002 et se dégrader un peu en 2003", a-t-il affirmé en présentant ses voeux à la presse.

Soucieux de sortir de l'"hypocrisie collective" qui consiste à la fois à vouloir baisser les recettes et augmenter les dépenses, le ministre de la Santé veut en venir à d'incontournables "arbitrages" sans tabou.

"D'abord je m'interroge sur l'adaptation du mode de financement de l'assurance maladie aux problèmes de notre temps. Je souhaite notamment pouvoir adapter le financement aux aléas de la croissance économique. Ensuite il convient de repenser les contours de la solidarité nationale".

Jean-François Mattei a estimé que l'inclusion dans le panier de soins (définitions des produits et soins remboursables), "empilement historique de décisions parfois microscopiques mais toujours coûteuses", devait être décidée dans de meilleures conditions, notamment pour les médicaments.

L'année devrait être marquée par une réforme du dispositif d'évaluation du médicament en France.

"Une insuffisante séparation des différentes phases de décisions embrouille l'élaboration : appréciation scientifique, estimation de la valeur économique, opportunité au plan sanitaire, mais aussi utilité collective sont autant d'aspects qui doivent être convenablement étagés pour fournir une réflexion puis une action cohérente", a-t-il ajouté.

Le ministre de la Santé veut également mener "une action résolue sur la manière de soigner", en recourant à la responsabilisation de tous les acteurs.

"Il est urgent de s'atteler à mieux cerner un recours raisonné aux soins, qui n'est en rien un rationnement des soins. Cela signifie le courage d'adapter notre offre de soins", a-t-il expliqué.

"Je souhaite voir se développer plus rapidement que cela ne s'est fait les processus modernes de production des soins : diffusion de référentiels de bonne pratique, dossier médical du patient, coordination des soins, formation continue et évaluation des pratiques".

Insistant sur la responsabilisation de tous les acteurs du système de soins, il a estimé que l'accord obtenu la semaine dernière entre les caisses d'assurance maladie et les syndicats de spécialistes était révolutionnaire, comprenant des mesures "étonnantes et novatrices".

"Pour la première fois, on a des médecins qui acceptent de sous-tendre leurs prochaines revalorisations au respect des volumes d'actes médicaux. C'est une révolution" (...) Ils s'engagent à des accords de bon usage et que les économies soient reportées sur des actions de santé publique".

S'adressant au personnel hospitalier, il fonde les espoirs sur le plan "Hôpital 2007". "C'est avant tout un changement de culture : recréer les espaces de liberté, d'autonomie, et de responsabilité qui sont indispensables pour donner le goût des projets et l'ambition de l'excellence et redonner l'envie et la fierté d'accomplir son métier".

Il faut aussi, a-t-il prévenu, "responsabiliser le patient". "Responsabiliser n'est pas culpabiliser mais transformer en utilisateur avisé du système de santé. Les incitations à l'usage du médicament générique, les nouvelles règles de prise en charge des visites à domicile sont des premiers pas. Encourager la prévention, développer l'automédication en sont d'autres à accomplir", a-t-il affirmé.
 
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